- GOLDSMITH (O.)
- GOLDSMITH (O.)Polygraphe doué, esprit encyclopédique, comme on en trouve tant à son époque, Goldsmith ne met en œuvre toutefois qu’une information superficielle et manquant parfois de sûreté. Curieux d’esprit, généreux et sensible, volontiers moralisant, Goldsmith sait rire des faiblesses de ses contemporains et s’en moquer avec aménité. Représentatif du milieu littéraire anglais de la seconde moitié du XVIIIe siècle, il est aussi un grand écrivain. Poète moyen, homme de théâtre célèbre pour une pièce divertissante, il mérite sa renommée pour la qualité de sa prose. En elle se retrouvent la bonhomie, la spontanéité parfois naïve d’une personnalité riche d’expérience humaine et l’élégance d’un homme d’esprit. Souple et naturellement gracieuse, elle restera appréciée pour son charme incomparable.De l’échec à la vocationFils puîné d’un pasteur irlandais, Oliver Goldsmith est né soit à Pallasmore, soit à Elphin, on ne sait. Après des études à Trinity College à Dublin, il commence une vie errante qui le mène d’Édimbourg à Leyde, puis en France, en Suisse et en Italie à la poursuite d’un diplôme de médecin qu’il finit par obtenir, probablement à Padoue. De retour à Londres en 1756, il ne réussit pas en tant que médecin; deux ans plus tard commence pour lui une carrière précaire d’écrivain aux gages de l’éditeur Griffiths. Il traduit les Mémoires de Martheile de Bergerac, protestant condamné aux galères après la révocation de l’édit de Nantes, et collabore à divers journaux. Grâce à sa rencontre avec Samuel Johnson (1761) et à l’influence de ce dernier, il réussit à s’imposer dans le monde des lettres. Tout en continuant des travaux de polygraphie, il écrit son roman Le Vicaire de Wakefield (The Vicar of Wakefield ) qu’il vend pour 60 livres sterling en 1762, mais qui n’est publié qu’en 1766. Sa première comédie, The Good Natur’d Man (L’Homme au bon cœur ), jouée en 1768 à Covent Garden, a un succès d’estime; en 1773, Elle s’abaisse pour triompher, ou les Erreurs d’une nuit (She Stoops to Conquer ) connaît un succès plus franc. La fin de sa vie est troublée par une querelle avec l’éditeur Evans, et donne lieu à un échange d’écrits satiriques. Il meurt, criblé de dettes. Le club littéraire qu’il avait fondé fait édifier à sa mémoire un monument dans Westminster Abbey.Une plume féconde et talentueuseGoldsmith a un talent multiforme et une plume facile. Obligé, comme Johnson, de gagner sa vie en publiant, il est victime des éditeurs qui l’exploitent. Il est à la fois historien de l’Angleterre (1764 et 1771), de Rome (1769) et de la Grèce (1774), biographe de T. Parnell et de H. Bolingbroke (1770), de Voltaire (1761) et de l’élégant T. Nash (1764). Il touche aux sciences avec une Histoire de la Terre et un traité de zoologie (1774). Il écrit même une sorte d’histoire de la littérature universelle. Il enquête sur l’état actuel des Belles-Lettres en Europe (An Enquiry into the Present State of Polite Learning , 1759), attaquant le goût et les mœurs de ses contemporains, ainsi que le système universitaire britannique avec un mélange de pénétration lucide et d’indignation satirique. En tant qu’essayiste, son nom demeure surtout grâce aux Letters from a Chinese Philosopher Residing in London, to his Friends in the East , publiées dans le Public Advertiser , et réunies en 1762 sous le titre de The Citizen of the World. Le genre n’est pas nouveau, il vient des Lettres persanes de Montesquieu, mais Goldsmith réussit quelques portraits remarquables de contemporains, allant de Beau Tibbs, le dandy affecté, à l’Homme en noir, l’être généreux qui ne veut pas passer pour tel.Son œuvre poétique reflète à la fois cette diversité qui caractérise son génie et l’esprit de son temps. Son poème didactique, The Traveller (Le Voyageur ), 1764, méditation sur les structures politiques et sociales des divers États européens, eut son heure de célébrité, de même que The Deserted Village (1770), longue réflexion sur la désertion des campagnes. Négligeant son essai de ballade médiévale The Hermit , on goûtera plutôt ses petites pièces de circonstances, The Haunch of Venison (Le Quartier de chevreuil ), 1776, ses satires, The Retaliation (La Revanche ), ou ses jeux d’esprit, The Elegy on a Mad Dog .Le nom de Goldsmith demeure parmi les grands grâce à deux classiques de la littérature anglaise: Le Vicaire de Wakefield et Elle s’abaisse pour triompher . Dans le premier, il rappelle H. Fielding sans en avoir la grandeur épique, et annonce Jane Austen sans en posséder la finesse d’analyse. Dans les aventures du pasteur Primrose et de sa famille, il a décrit et exprimé son époque. C’est un petit drame bourgeois qui exalte la vie simple des provinces et les vertus du foyer. Goldsmith y stigmatise l’égoïsme des tyranneaux de village, glorifiant la simplicité et l’intégrité des humbles. La sensibilité est tempérée par un humour indulgent; tout est à l’échelle humaine. C’est déjà le romantisme qui est annoncé par la délicate peinture des élans du cœur et de la passion, par un certain sens tragique et par la leçon de charité et de bonté qui se dégage de ce petit livre tour à tour émouvant et amusant.Une comédie sentimentale un peu lourde, Elle s’abaisse pour triompher , témoigne, avant R. B. Sheridan, qu’un renouveau de la comédie traditionnelle anglaise est possible. Reprenant la situation du Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, Goldsmith réussit une comédie moins raffinée, mais haute en couleur, divertissante, qui fait revivre une Angleterre rurale où la simplicité des manières n’exclut pas la finesse et l’humour, où la farce fait bon ménage avec une sentimentalité de bon aloi, et où règne une vision saine de la vie.
Encyclopédie Universelle. 2012.